J’ai les noms…

Depuis quelques jours, on est pilonné par le « rôle intolérable des rézossocios » et leur censure de la démocratie. Le tout, en réaction immédiate et irréfléchie du gentil Twitter, lequel avait eu le culot de censurer l’autre avec son renard arctique crevé sur la tête.

Distance prise, vous me permettrez, chère lectrice, cher lecteur de dédouaner l’oiseau bleu et d’enfoncer nos politiques. Au départ, arrive à la Maison Blanche un propriétaire d’hôtels et de casinos, non élu par le peuple mais décidé à tout bousculer. Sa communication, par exemple, s’exprimera en 280 caractères. Véritable révolution pour 2017, il shuntait son service de presse, on allait voir ce qu’on allait voir.

Et on a vu, surtout récemment…

Après des incitations à la sédition, après cinq morts, Twitter décide de suspendre le compte @reallautreavecsonrenardcrevesurlatete (presque). Dans la foulée, l’intelligentsia occidentale crie à la censure, c’est intolérable, où allons-nous ? Il aurait sans doute fallu se poser la question voici quatre ans.

D’une part, quand un citoyen ouvre un compte en ligne, il accepte les conditions générales d’utilisation. Ça vaut pour TOUT le monde, y compris quand on habite la Casa Bianca. Les réactions choquées de nos élites nous paraissent donc totalement déplacées. Twitter est un outil formidable, à charge pour l’utilisateur, de savoir s’en servir. Si nous publions une photo de nichons ou un dickpick, nous serons censurés. C’est notre faute, on savait que le réseau ne voulait pas. Si l’autre avec… pilonne des mensonges à longueur de journée, appelle à la sédition et cause cinq morts, la clôture de son compte ne me paraît pas outrancière. Les réactions estomaquées de quelques personnalités européennes, par contre, prouvent que, partout, la démocratie est en danger.

En effet, lorsque nous votons, nous donnons mandat à une personne de nous représenter pendant quatre ou cinq ans. A l’élection suivante, nous validons ou pas. Or les élus semblent interpréter le message différemment. Eux, se voient aux manettes, ils ont le pouvoir, ils sont donc des gens à part. Ils n’ont pas à se soumettre aux CGU. Et non les mecs, et non les meufs…

Twitter est une société privée, cotée en bourse. Elle appartient donc à ses actionnaires (des fonds d’investissements), et la gestion de la boîte est confiée à son fondateur, Jack Dorsey. Du classique de chez classique. Quand on utilise Twitter, on a recours aux services, gratuits, d’une société privée.

Somme toute, on est chez quelqu’un d’autre. Et TOUT LE MONDE est prié de s’y comporter comme le propriétaire (ou du moins le majordome) des lieux le souhaite.

La véritable question est donc de savoir s’il était pertinent, voici quatre ans de recourir, pour la communication de la Maison Blanche à une société privée, indépendante, et qui soumet tout utilisateur à ses CGU. Si personne en Occident n’a répondu à la question de manière formelle, l’usage de l’oiseau bleu par les politiques et autres commissaires européens prouvent que cela ne leur pose pas problème. L’acceptation est donc tacite. Auquel cas, les réactions de nos dirigeants nous semblent déplacées. En creux, elles signifient: « les CGU de Twitter, c’est pour la plèbe. Nous, nous avons droit à voyager en première classe ». Allons un pont plus loin et il devient évident que la fermeture du compte de l’autre… relève, au contraire, d’une vision claire de la démocratie. Chez Twitter, tout le monde est logé à la même enseigne. Bravo.

Quant aux personnes choquées, on recense, bien sûr, l’autre avec son renard arctique sur la tête, mam’selle Angèle de Berlin qui s’en va bientôt, le petit Breton de la grande commission et le maire de Bercy. En clair et vu leurs positions respectives, la démocratie européenne a grand besoin de Twitter.

Ah, c’est sûr, l’Europe, c’est pas le même bleu…