Der Bundesverfassungsgerichtspyrrhussieg

Quoi qu’il en soit, les juges allemands se sont arrogés des droits qu’ils ne possèdent pas et leur prononcé émet, à mon humble avis, des effluves de victoire à la Pyrrhus.

Depuis que la France s’est rangée du côté « latin » de l’Europe, la balance du pouvoir dans l’Union a bougé. Auparavant, le moteur franco-allemand réglait les problèmes, les soumettait à l’approbation des autres et on allait au bar des Cygnes. En 2020, le poids démographique de la zone Euro, divisée entre un front latin et une alliance teutonno-balte, a bougé. Un rapide décompte nous apprend que :

population du bloc latin  (Fr, It, Esp, B, P) : 194.5 mio d’habitants

population du bloc teuto- (D, A, Su, Lv, LT, Est, Slo, Slv) : 110,5 mio d’habitants.

Si même la Grèce se rangeait du côté karlsruhelien de la Force, l’équilibre ne s’en trouverait pas modifié.

Bref, le gros du marché est latin, a conscience de son inéluctabilité, et c’est nouveau. Or quand vous voulez vendre de la Nivea, des Stabilo Boss, ou des béhems hybrides, vous avez besoin du marché latin plus que du marché hollandais. Ajoutez-y une chancelière en fin de parcours et le trône teuton chancelle à Bruxelles.

Vous avez surtout besoin de marquer le coup. Merkel est en fin de mandat et pour l’heure, aucun successeur n’a été désigné (on a eu droit à un entracte humoristique avec AKK qui était contre une armée européenne mais qui voulait bien un porte-avions EU). Il fallait dès lors que l’affirmation de la puissance berlinoise émanât d’un autre pouvoir : la cour constitutionnelle.

Par le passé déjà, on trouvait ses décisions suspectes : si Karlsruhe arrangeait bien les Européens quand elle disait amen, elle arrangeait surtout le pouvoir politique allemand en évitant de faire des vagues dans l’Union. A contrario, ici, l’Europe est, certes, secouée. Mais c’est surtout l’exécutif allemand qui va devoir trouver comment s’extirper du bourbier. Les latins le savent : s’ils restent unis, l’Allemagne a trop besoin de leur marché pour faire faux-bond. Elle a créé un incident, elle doit proposer un exit. Faute de quoi, Karlsruhe deviendra synonyme de Raoul Volfoni : « j’dynamite, j’disperse, j’ventile »…

Voir les pays latins quitter l’Union qu’elle dominait (y compris le retour des dévaluations compétitives, taxes d’importations, négociations bilatérales interminables,…) coûterait plus cher à Helmut et Hiltrud que le rachat d’obligations sur le second marché. Karlsruhe cru bon de tirer un coup de semonce. Si le camp latin ne bouge pas, ce coup pourrait faire long feu et son prononcé s’avérer une victoire à la Pyrrhus pour la République Fédérale.

les experts « neutres… »