Des oreilles de lapin

Hier soir, votre serviteur s’est coltiné la présentation de euh… en tous cas c’était Samsung. De quel produit, je ne sais plus puisqu’on a eu droit à un vrac de montre, de PC et de smartphone.

Possesseur d’un Galaxy Note 8 depuis bientôt deux ans, j’étais décidé à changer. Mais çà, c’était avant… Pourtant, mon opinion ne vaudrait rien, sans le langage corporel hésitant des présentateurs/trice et les réactions tièdes du public : personne ne s’y trompe, le Note 10, c’est, euh, oui, voilà… il est là, quoi.

Les aficionados de la marque le savent : Samsung a commencé la production de capteurs photos 64Mpx (ils ont même supplanté Sony chez Xiaomi). Or les capteurs photos du Note 10 font l’impasse : ils sont identiques (à un poil près) à ceux du S10. Même chose pour la RAM : ils produisent déjà de la LPDDR5 mais, en l’occurrence, on a droit à de la 4. Qualcomm vient de lancer son Snapdragon 855+. Les versions US auront droit au 855 (heureusement, nous aurons un nouvel Exynos, gravé à 7nm). Et pas un mot sur le moment de la migration vers Android 10.

Donc, les principales nouveautés concernent le stylet : il permet de réaliser plein de choses sans toucher l’écran, par gestes. Autrefois, le Note 2 et ses descendants étaient des outils performants de travail nomade. Aujourd’hui, le Note 10 c’est plus de 1.000 balles pour vloggeurs désireux de poser des oreilles de lapin sur votre photo.

Tout n’est pas à jeter toutefois. La capacité du Note 10 à convertir les notes écrites au stylet en pdf ou docx représentent une avancée dans la productivité. De même, pour les Windowsiens, l’intégration poussée avec les PC’s de Redmond. Là, le cocu c’est Google : Microsoft signe avec le numéro des ventes sous Android et phagocyte encore un peu plus l’OS mobile. Samsung, lui, adopte un positionnement marketing unique et met un vent à Big Broogle : ce dernier doit avaler de travers à voir son OS copuler avec l’ennemi.

Autre progrès intéressant : la recharge rapide à 45Wh. Ils promettent 80 % en une demi-heure.

Reste le design, écran superbe, smartphone très fin, de grande classe, gnagnagna. Comme tout le monde met une coque et une protection d’écran, on s’en fout un brin. On avait déjà comparé ce genre de réflexion à juger la qualité d’un bouquin à la solidité de ses couvertures.

La déception hier réside dans l’image laissée par le Note 10 (en tous cas celle retenue par votre serviteur). Le Note, quel que soit son chiffre, représentait traditionnellement le sommet des technologies Samsung. Aujourd’hui, le matricule 10 ne peut plus revendiquer le titre de « flagship », de figure de proue de la marque. La preuve : jamais le mot « flagship » n’a été prononcé : en gros, il nous a été servi comme un outil capable de libérer notre créativité…

…des oreilles de lapin, par exemple.

En fait, le Problème de Samsung réside dans son marketing produit : trop de modèles, des gammes mal définies, des technologies de pointe certes, mais éclatées sur trop d’appareils sans qu’aucun ne culmine plus. Certes ils évitent ainsi de servir de cible aux Chinois (à déconseiller après les révélations dans l’affaire Huaweï). Mais ils brouillent aussi leur image auprès des clients.

Vous désirez un haut de gamme en cette deuxième moitié de l’année ? Le Note 10 n ‘est qu’une demi-portion. Vous désirez un photophone ? Il faudra attendre l’A90 : celui-ci devrait embarquer les nouveaux capteurs 64 Mpx. Mais comme il s’agit d’un milieu de gamme, attendez vous à un processeur de la série 700 au mieux. Restent les vénérables S10, S10+ ou S10e. Âgés de 6 mois (12 dans leur conception), ils commencent à sentir la naphtaline. Bref, la meilleure solution consiste à attendre les S11, dans l’espoir de les voir enfin assumer à nouveau un rôle de figure de proue.

Reste aussi à se demander ce que le patron de la branche fait encore là : l’année dernière déjà, des voix s’élevaient pour réclamer le départ de DJ Koh. Après tout, il porte la responsabilité de cette stratégie produit brouillonne et brouillée. Un bon chèque, un cadre et une photo de lui entouré de son équipe devrait lui adoucir le traumatisme de la rupture.

Surtout si quelqu’un a ajouté des oreilles de lapin…