Opération Corned FAZ

Et vers 10H00, ô miracle : les banquiers de Francfort abondent dans ma direction. Leur quotidien, la Frankfurter Allgemeine Zeitung (j’ai mis l’url au cas où) plaide la cause des logiciels libres. Si, si je vous jure, je n’ai rien fumé. Leur raisonnement est limpide : face aux States et à leurs batteries de missiles logiciels, le Libre constitue, pour l’Europe, le meilleur Dôme de Fer. Citons : « L’Europe, malgré sa puissance économique, n’a aucune influence sur les opérateurs technologiques ». Et enchaînons : « Washington a bien forcé Google à l’embargo sur ses logiciels propriétaires mais ils n’ont rien pu faire sur la partie Open Source ». En clair, passons au Libre et nous serons immunisés contre les accès colériques de qui vous savez.

Et là, on confine au sublime de la part d’un canard à banquiers: « seuls des logiciels open source permettent l’indépendance des intérêts supérieurs économiques ou politiques ». Et en titre : « l’UE doit agir ».

Pincez-moi… je vais me réveiller.

Déjà, j’ai, pour les informaticiens de la finance la considération et le respect d’un grand requin blanc pour une sardine en boîte. Leurs compétences se concentrent sur la composition des numéros de téléphone d’IBM, de Microsoft, d’Oracle et d’un ou deux progiciels bancaires. Alors lire dans LEUR journal que l’Open Source représente la meilleure chance de l’UE…

…heureusement que c’était écrit en Allemand.

Ensuite, la FAZ demande à l’UE d’agir. Là, chère Zeitung, tu iras toute seule. J’ai, pour ma part, passé 10 ans de ma méprisable existence à tenter de convaincre leurs décideurs. J’ai vu la Commission imposer une amende supérieure à 900 millions € à Redmond, pour lui passer commande de 32 000 licences Windows dans la foulée (en infraction de leurs propres règles). Et je ne vous parle pas de leurs amours coupables pour SharePoint, Exchange et autres Oracle. Quant à leurs infographistes, leur retirer leur beaux boîtiers alu à pomme noire et leur Creative (?) Suite les amputeraient probablement de quelques centimètres, là où vous pensez ( vous pensez aux index, bien entendu).

D’accord je suis peut-être un rien sarcastique, voire aigri, tel un grognard de Napoléon après Waterloo. Qu’un journal de banquiers plaide soudain la cause des logiciels libres ne me réjouis même plus, tant j’entretiens peu d’illusions quant à l’impact de l’article.

Au moins sommes-nous droits dans nos bottes : la boîte tourne sous Linux, client et serveur. Cerise sur le gâteau, nous ne payons plus un sou aux logiciels licenciés mais faisons régulièrement des dons à Mozilla, à la Document Foundation (LibreOffice) et consorts. Et nous attendons le missile de Trump avec sérénité.

Enfin, j’ai eu le devoir d’aider deux anciens collègues à restaurer leur PC’s sous Windows 10. Le retour au bureau et à Ubuntu ensuite s’apparente à des vacances aux Seychelles après un long séjour dans la ZUP d’Outreau.