Maintenant j’ai Google

L’étoile noire de l’Empire a tiré son premier rayon létal : il casse sa licence Android avec le Chinois Huaweï. En cause, l’autre avec son renard mort sur la tête. Il interdit de collaborer avec des sociétés ennemies potentielles de États-Unis. La geekosphère est sens dessus-dessous, mon dieu, mon Honor est-il flétri?

Du calme.

D’abord, on connaît les changements de cap du gros à la Maison Blanche. Personne ne serait étonné d’apprendre la fin du boycott le week-end prochain. S’il tient jusque là.

Pour son système d’exploitation mobile, c’est uniquement à l’international que Huaweï est touché. Aux States, ils sont de toutes façons interdits. En Chine, ils se passent déjà de la plupart des apps américaines ou européennes. Bref, sur le plan géographique, le dindon, c’est encore une fois EMEA (Europe, Middle East, Africa).

De plus, il existe une version libre (AOSP, Android Open Source Project) du bonhomme vert, on prend celle-là et on développe notre Android à nous (ce fut d’ailleurs la démarche d’Amazon pour Fire OS). Le piquant de l’affaire c’est que la rupture éclate au moment où l’androidosphère (si, si) se lâchait sur l’émergence de smartphones dégooglisés. Quant à l’OS maison de Huawei, on ne lui laisse que peu de chances. Demandez à Big Steve, l’ex de Redmond. ..

Au niveau des fonctionnalités, plus d’accès aux applis Google, c’est embêtant. Comme alternative, Huawei possède son propre shop en Chine. En outre, digital trends recense, sans trop transpirer, une demi-douzaine de stores alternatifs. Reste à voir ceux qui ne sont pas américains ou concurrents (Samsung). Bref des magasins en ligne existent. Par contre, les apps les plus populaires (Gmail >1 mia d’utilisateurs, YouTube itou, les Maps ou Waze), là ils ont un problème. Bien sûr des produits concurrents existent mais la convivialité et la popularité constitueront des barrières hautes ou, à l’inverse dévalueront l’attrait du produit.

D’ailleurs, pour ce qui est de produits, pas de problèmes pour les appareils déjà sur le marché. Par contre pour les Huawei Mate 30 et P40, fini. De même, pour la prochaine version d’Android, dénommée Android Q, c’est là que les possesseurs de smartphones l’auront (désolé pour la finesse du trait).

En outre, Broadcomm, Qualcomm et Intel ont annoncé embrayer dans l’embargo. Si le Chinois se moque des deux premiers (il fond ses propres puces, très performantes), Intel motorise ses routeurs et çà, c’est problématique. Ils étaient leaders dans la 5G. L’attrition d’Intel risque de leur porter un coup fatal.

Reste quatre points à clarifier : d’abord que font les autres éditeurs américains ? Nutella devra-t-il couper l’accès de Windows aux PC’s Huawei et à Office sur tous les terminaux ? Idem Zuckerberg avec Facebook, Whatsapp et Instagram ? De même Snapchat ? Ou Verizon avec toute la suite Yahoo ? … S’ils ne suivent pas, on comprendra vite : lobbyiste en chef de la Tech à la Maison Blanche, Big Broogle a été chargé d’envoyer la torpille. Ensuite, les petits canards autour de Donald négocieront un accord commercial global dans lequel Huawei aura servi d’otage ou de monnaie d’échange et Google de gros vilain. Google, dans le fond, ça les arrange : la Chine ne les aime pas et eux ne veulent pas de Huawei en numéro un mondial. En plus, ils peuvent espérer un petit quelque chose en retour de la part d’oncle Donald.

Ensuite, quid des autres Chinois ? OnePlus et son excellllent 7 Pro, Oppo, Zopo, Xiaomi, Lenovo vont-ils subir le même sort ? Ou alors la position dominante de Huawei dans la 5G, couplée à la personnalité de son fondateur (un ex-officier supérieur de l’armée chinoise) l’ont-il placé dans l’œil du Donald ?

Troisièmement on attend avec impatience la réponse chinoise. S’ils devaient taper du poing sur la table en interdisant les exportations technologiques vers les USA, j’en connais qui seraient mal, très mal…

Enfin, pour l’utilisateur final, la mesure trumpienne induit une démarche assez malsaine. Allons-nous, en plus des critères techniques, devoir opérer un choix politique à l’achat de notre technologie ? Et dans ce cas est-il préférable d’être espionné par Google et la NSA ou par Huawei et l’armée chinoise ? D’accord, nous sommes Européens et Occidentaux. En revanche, là où la Russie suit la doctrine Guerasimov et la Chine celle de Sun Tzu, nous nous suivons Donald Trump. Devinez qui perd à la fin ?