L’heure et ses malheurs

La Commission Européenne et le PE ont décidé d’abolir l’heure d’été. Elle avait été instaurée en 1976 pour économiser de l’énergie (du pétrole principalement). Aujourd’hui, elle ne permet plus d’économies et dérange les biorythmes, tant humains, qu’animaux. Le monde agricole s’érigeait depuis longtemps en opposant du poussage des aiguilles.

Le dilemme en aval, c’est bien entendu le fuseau horaire à choisir. Les Baltes, les Hollandais, les Finlandais penchent pour l’heure d’hiver, là où les Français choisiraient plutôt l’heure d’été sauf que la presse n’arrête pas de leur dire que ce méridien n’est pas optimal pour leur santé.  Pour pimenter le tout, les Portugais ne veulent pas de changement du tout et les Espagnols désirent quitter leur fuseau actuel pour s’aligner sur celui des mêmes Portugais : ceci faciliterait les échanges intra-ibériques.

Bref, c’est l’imbroglio.

Forts de leur sens du compromis, Commission et Parlement suggèrent de couper la poire en deux : les 27 pays adopteraient ainsi l’heure d’hiver +30 minutes (ou l’heure d’été moins 30 ‘).

Donc, le 31 octobre 2020, à deux heures du matin, nous passerions à 02H30, pour de bon.

On pourrait louer l’initiative. Sauf que, bien entendu, les grincheux se manifestent de nouveau.

L’Autriche ne veut pas de demi-portions : c’est un pays de montagnes, pas de collines. L’Allemagne, interface entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest, aimerait instaurer l’heure et quart : il serait 9H30 dans l’ancienne Allemagne de l’Est et 9H15 dans l’ancienne RFA. L’Italie demande que Malte soit exclue des nouveaux fuseaux. En cause, la mauvaise volonté de l’île à soutenir la politique anti-immigrés de Salvini. Bien entendu, la Belgique n’est pas en reste. Les Flamands veulent attendre la décision des Wallons pour adopter un méridien différent. Enfin, en France, les Corses exigent l’adoption immédiate d’un horaire insulaire, exprimé uniquement en langue corse et aligné sur l’horaire italien, à la condition exprès que le fuseau italien soit différent du français. Je vous fais grâce des dissensions au Royaume-Uni, ils ne seront bientôt plus des nôtres.

Hors UE, on n’est pas heureux non plus : Donald Trump menace de taxer les pays divergeants de plus de six heures par rapport à Mar a Lago, d’où il rend l’Amérique à nouveau grande et ses swings énormes sur les pars 5. Propriétaire de golfs en Écosse, le Président veut pouvoir s’y rendre sans courir le risque d’arriver à la tombée de la nuit. Moscou menace de couper le gaz à l’Ukraine si elle adopte l’heure polonaise. La Chine demande que, dans le cadre des routes de la soie, l’Europe s’aligne sur le méridien de Kachgar, préfecture la plus occidentale du pays. Enfin, au Vénézuéla, Maduro accuse les capitalistes européens de vouloir l’isoler davantage par d’incessants changements de méridiens.

En ce début avril le sens du compromis, emblématique des institutions de Bruxelles, a bien du mal à convaincre…