Un porte-avions comme il faut

Depuis quelques temps, avec certains amis passionnés d’Europe, nous nous demandons si l’avenir de l’Union ne passera pas par un Deuxit. Après avoir lu la réponse de la soi-disante future chancelière, j’en deviens partisan. Ou alors partisan de deux Europe.

Dès l’annonce du retrait de la taulière, la plupart des Allemands ont ouvert leur cœur. Ils se demandent aujourd’hui, de manière candide, quelles furent ses grands chantiers. Après tout, elle gouverne (…) depuis 14 ans. Et force est de constater que, même au microscope électronique…

Par contre, elle a réussi un remarquable travail de sape, de longue haleine, afin de noyauter l’Union Européenne et de la germaniser. Si vous ne me croyez pas, consultez les organigrammes de la Commission et du Parlement.

De sa dauphine, on attendait donc un sursaut stratégique, une véritable vision, un élan.eu. Et bien, on continuera à attendre. Son texte, publié la semaine dernière semble davantage puiser son inspiration dans « Oui-Oui va à Bruxelles».

La groooosse annonce, c’est bien entendu, sa prise de position pour l’Europe des nations. Elle enterre 60 ans de vision européenne. Mais vu le travail réalisé par Merkel, pourquoi pas, cela permettra de continuer la germanisation de l’Union.

L’autre vérité sous-jacente réside dans la capacité à lire entre les lignes. Elle se résume comme suit : « voilà ce que je veux pour l’Europe, parce que c’est bon pour l’Allemagne ».

Grosso modo, on recense soit des mesurettes, soit des enfoncements de portes ouvertes, le tout emballé dans un style discutable : « nous devons mettre l’accent sur les nouvelles technologies, nous avons besoin d’un islam européen, nous devons aider l’Afrique, réformer Schengen…  » On touche au sommet de l’hypocrisie dans la citation suivante : « Il faut pour cela combler les lacunes de la fiscalité européenne et mettre en place une imposition de l’économie numérique reposant sur le modèle de l’OCDE. ». Comprenez : « nous n’avons pas voulu taxer les GAFA avec la France, mais bon, finalement, oui, ce sera ma grosse différence avec Merkel».

Enfin parmi les mesurettes concrètes, il faut mettre fin aux anachronismes et en tout premier lieu, supprimer les sessions du Parlement Européen à Strasbourg. Votre blog s’est déjà souvent exprimé sur le sujet : les migrations mensuelles vers l’Alsace coûtent au citoyen européen 50 centimes € par an et par habitant. Qu’une future chancelière se tracasse de telles broutilles prouve que, soit elle n’a pas le niveau, soit elle ne sait pas de quoi elle parle, soit elle fait tout pour enquiquiner la France (sa voisine directe, elle est sarroise). Supprimer le PE à Strasbourg ne se comprend, à mon humble avis que si l’Institution se réunit, non pas à Bruxelles, mais chaque mois dans une ville différente. Ce qui coûterait bien plus cher mais aurait le mérite de rapprocher l’Union du citoyen.

Enfin, une armée européenne ?

Nein, les Franzosen sont trop puissants à ce niveau. On veut bien un « conseil de défense », un ennième salon où l’on cause. Et s’il le faut, un porte-avions européen. Avec toute la thune gagnée par son pays l’an passé, elle a largement de quoi le construire elle-même, son porte-avions. Seulement, elle spécifie bien que l’armée ne sert pas à se défendre mais à imposer la paix. Vision héritée de sa devancière et qui fait les délices d’un certain Vladimir, lequel continue à bidouiller ses SU 57, ses Armata et autres missiles hypersoniques.

Le texte d’AKK sur l’Europe ressemble plus à un rideau de fumée qu’à une réponse à la vision française. On fait différent pour exister, pour ne pas laisser un boulevard à l’autre. Cet écrit ne peut pas être considéré comme une base de discussion sur laquelle redéployer l’Union (en tous cas je l’espère). Il ressemble plus à un mauvais effort pour occuper aussi le terrain en attendant de rencontrer ses homologues, dans quelques années. Et bien entendu, il fait perdre du temps à l’UE qui n’avait pas besoin de çà.

Ben quoi, il y a un drapeau européen. En petit, à gauche, en dessous…