Pour 34 milliards, t’as plus rien

34 milliards de dollars. C’est le prix payé par IBM, lui-même déjà une puissance linuxienne établie, pour acquérir Red Hat, le champion du monde Linux des serveurs et autres data centres, dans l’univers aux quatre coins de la Terre.

On jurerait un sugar daddy qui s’offre une escort-girl.

IBM c’est le petit vieux frippé: il vit depuis des années de ses bécanes et de maintenance. Il reste populaire dans certains milieux, (secteur financier, administrations). Pourtant, les meilleures années, ses résultats sont plats. Bref un Raymond en charentaises, aux journées rythmées par la pendule du salon.

Red Hat, c’est l’opposé, la bombasse thermonucléaire. Première société de logiciel « libre » à atteindre 1 milliard USD de chiffre d’affaire, puis 2, Red Hat était sur le point de franchir les 3 milliards avant que le vieux ne déboule. Red Hat c’est aussi la superstar des serveurs mondiaux, propulseur du web et des data centres au quatre coins du monde (lequel n’a pas de coin).

Donc, pour s’offrir l’escort-girl au chapeau rouge, Big Blue met 34 avec neuf zéros sur la table, soit… plus de onze ans de chiffre d’affaire. Ou 50 ans d’EBITDA. Est-ce gigantesque ou insensé ?

C’est d’abord un énorme cri de désespoir : comme si Big Blue jouait sa dernière carte : ou nous passons premiers dans le cloud hybride, ou nous disparaissons (et entraînons Red Hat dans notre chute). Le vieux va se transférer des globules Red  dans l’espoir d’une jeunesse éternelle.

Par ailleurs, on soupçonne aussi un brin d’opportunisme. Tous les gros bras du cloud sont en train de rédiger, classeur après classeur, leur réponse à l’appel d’offres JEDI. Jedi c’est le cloud hybride à destination du Pentagone. Il y en a pour 10 milliards $. Dans ce contexte, face aux trois favoris, AWS, Azure et Oracle (ce dernier plus pour son lobbying), le coup de pub est énorme. Nous n’impliquons pas que l’appel d’offres fut le catalyseur. Mais il s’est probablement avéré un accélérateur. La décision est prévue fin avril 2019. En tous cas, on se doute que l’offre d’IBM va se trouver modifiée par l’expertise des spécialistes Red Hat, à grands coups de Kubernetes.

Sur un plan plus large (heureusement), il se chuchote dans les milieux autorisés que les clients IBM sont très demandeurs des solutions proposées par le chapeau rouge. Ceci justifierait en partie le prix déboursé…

… ce qui pourrait aussi s’avérer fatal pour l’avenir du chapeau. Si l’avenir des amoureux dépend de la clientèle bleue, le sugar daddy pourrait, en dépit de ses promesses, être tenté de peser sur l’avenir de sa conquête. De quoi obtenir le prix Raymond et Huguette du Linux.

IBHat