Débris de Debian

L’annonce de Big Broogle la semaine dernière nous amène à nous pencher sur l’évolution globade de Debian. On pourrait se satisfaire de l’image figée et penser : « bon, Google migre ses développeurs ». D’un autre côté, on pourrait se trouver au beau milieu d’une guerre de mouvements, dans laquelle l’Empire vient de frapper un coup. Flashback.

Voici environ un an, Microsoft a déclaré sa flamme à Ubuntu (basé Debian). Certains linuxeurs (naïfs éternels) ont blogué, les yeux troubles et les trémolos dans la voix : « Ça y est enfin il nous aiiiiiiime ». En fait, la flamme de Redmond relève de la version sugar daddy plus que du coup de foudre  : l’intégration permet aux développeurs d’inclure, entre autres, le terminal Linux. Elle permet surtout d’éviter le double boot, fenêtre ouverte vers un départ définitif. En parallèle, Nutella inscrit sa boîte à la Linux Foundation et paye son obole. De nouveau, il ne nous aiiiiiime pas, il nous fait plutôt la prise de l’ours : il a besoin de noyauter Linux, et sa position dominante dans les serveurs web. Voici donc la fondation Linux infiltrée et sa version la plus populaire macquée avec l’ennemi. Nous sommes fin 2016.

Contrarié, Big Broogle (un gros utilisateur d’Ubuntu) bouge ses croiseurs : en août dernier, ils annoncent leur migration. La surprise vient de la version choisie : Debian testing au lieu de la 8.10. L’Empire met ses pattes sur le code source et crée sa propre version, dénommée gLinux. Bien sûr, les développements-maison, en amont, contribueront, en partie, à l’évolution de la plateforme au global. Logiciel libre oblige. En voilà, une bonne nouvelle, non ?

Ouais….

vu les armées de développeurs que peut aligner Big Broogle, les créations en amont risquent vite de faire jeu égal avec l’équipe Debian en place (selon le wiki de l’organisation+/-1 000 personnes éparpillées sur la planète). En gros, le coucou Google pourrait très bien vouloir pondre ses œufs dans le nid de Debian. Pour obtenir, in fine, des petits Debians made by Google.

Je fantasme ? Le projet gLinux est un projet interne à l’Empire : nous n’y aurons pas droit. Par contre, eux, décideront de ce que leurs stormtroopers pourront renvoyer à la communauté. Don’t be evil, d’accord mais si ça peut vous mener à contrôler la moitié de Linux et à embêter Microsoft, alors là, …

Voici donc la branche deb de Linux transformée en champ de bataille : d’un côté Ubuntu a couché avec Redmond. De l’autre Debian se trouve aidée à l’insu de son plein gré par Big Broogle. Le comble de la perversion, pour l’Empire, consisterait à prendre en catimini, le contrôle de la plateforme, afin de maîtriser, en aval le Linux dont se servirait Microsoft. Don’t be evil…

Pourquoi diantre Debian d’ailleurs ? De l’autre côté, Red Hat a blindé son business. Il est devenu trop gros, pas contrôlable. La pureté du logiciel libre version Debian cause sa perte : ouverture totale, pas de champion, les deux gros s’y sont rués. Debian, piétiné par ces mastodontes, constitue un de leurs champs de batailles. Vainqueur jusqu’ici : Big Broogle. Microsoft perd à T0 mais s’en sortira de toutes façons. LA tête à claques du groupe  : Ubuntu.

Debian_troopers
Le futur de l’avenir de Debian de demain