Ubuntu : ou glouglou ?

Pour faire simple, si comme votre humble serviteur, vous utilisez la version 16.04 LTS d’Ubuntu, surtout ne changez rien.

Aux fins de tests, nous avons sacrifié un PC pour expérimenter la dernière trouvaille de Canonical : le remplacement d’Unity par Gnome dans la version 17.10. A tout le moins, nous ne sommes pas impressionnés. Tant pis si Ars Technica ou The Register pensent différement.

Je sais, nous sommes à contre-courant des geeks. Seulement, nous utilisons Linux à des fins réellement professionnelles. Le fait est qu’Unity était convivial et performant. A côté, Gnome fait figure de version bêta (au mieux).

Manque de convivialité à part, la stratégie globale de Canonical nous semble dans une impasse. Le passage à Gnome fait perdre toute sa personnalité et son caractère à Ubuntu. La diva du Linux desktop s’est fourvoyée au milieu d’une tenaille : vers le haut on trouve Debian/Gnome pour les puristes, vers le bas Linux Mint et ses variantes Mate et Cinnamon, pour les utilisateurs pas intéressés par la techno. En marketing, se trouver au milieu de la tenaille, c’est une quasi-garantie d’échec.

Leur motivation est évidente : Canonical veut aller en bourse et en Linux on ne gagne de l’argent qu’avec les serveurs. Ubuntu vire donc à 180° et mise tout sur Docker et autres Kubernetes. Deux problèmes en découlent :

  • l’image d’abord. De darling du desktop à darling des serveurs, le repositionnement sera difficile, les ficelles différentes et le public beaucoup plus exigeant
  • la place disponible ensuite : le monde du serveur appartient à Red Hat (première société de logiciel libre à dépasser 2Mia USD de chiffre d’affaires.) Canonical, lui ne gagne pas d’argent, et d’un. Et de deux, Canonical est basé Debian, là où Red Hat est basé RPM (Red hat Package Manager). Bref, une barrière technologique et une barrière financière à franchir : la barre est placée très haut.

Tout ceci va les obliger au grand écart : comment garder sa place de leader de la station de travail, tout en appliquant leur sens de la convivialité à la gestion des serveurs.

L’abandon d’Unity fait d’Ubuntu un Linux desktop parmi tant d’autres (à l’heure actuelle, davantage une bêta qu’un produit fini). Leurs ambitions dans le domaine du serveur les contraint à attaquer à un concurrent gigantesque, tout en changeant leur image dans le marché. Le diable résidera dans les détails et la release d’avril 2018 (18.04 LTS) nous donnera une idée claire du chemin parcouru.

J’avais écrit ce qui précède le 20 novembre. J’attendais un événement avant de publier. Ce soir, un énorme utilisateur vient de trancher : Google migre d’Ubuntu à Debian. Leur décision découle d’une logique évidente. Les aficionados, quant à eux, ont un sentiment de déjà vu : le déclin de Mandriva, début des années 2000 a commencé, lui aussi, par un positionnement marketing raté. A l’époque, les geeks sont passés de Mandriva à … Ubuntu.

glougloubuntu

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