Une frite, deux fois

Franchement, l’époque est pourrie : aux States, Fireduck ne veut plus appliquer le principe de solidarité dans l’OTAN. Dans le Golf, les pétro-monarchies s’excluent mutuellement. En Europe, pas une semaine sans qu’un taré ne se foute en l’air au nom d’un dieu que, depuis l’origine de l’humanité, personne n’a jamais entraperçu. Et voilà que l’UE y va de son couplet…

Cette Union européenne, soucieuse de réguler tout, de la composition de la vodka jusqu’à la structure des bâtons de rollmops vient d’avoir l’idée Terminator. A côté, le Brexit, c’est pet de lapin et roupie de sansonnet : incapable de se libérer de sa névrose régulatoire infernale, cette Europe prétend, sans même se poser la question d’une procédure référendaire préalable, interdire la double cuisson des frites.

C’est grave, c’est très grave.

Çà a même provoqué la réaction d’un ministre flamand. Il ne se laissera pas faire, enfourchera Rossinante et prendra sa plus belle plume pour dire à ces eurocrates, sans le moindre grain de sel, sa façon de penser : c’est la culture belge qu’on assassine. C’est un crime (sic). C’est la fin des fritures, des friteries, les jeunes générations ne comprendront plus rien à Dikkenek.

C’est vrai que des frites sans double cuisson, c’est comme des fish sans chips, une tasse de thé sans nuage de lait, un evening dinner sans porridge ou blancmange… A ce propos, lâcher cette menace traitresse dans la nature le jour même où commencent les négociations sur le Brexit revient à jeter de l’huile sur le feu : la Flandre riche et puissante effectue les deux tiers de ses exportations vers le Royaume Uni. L’empêcher de friter comme elle le veut la poussera inexorablement dans les bras de Theresa. On est au bord du Belxit. Les buveurs de lager tiède pourront, eux,continuer à cuire deux fois leurs chips et à les emballer dans du papier journal accompagné de fried hallibut ou haddock bien salé. On imagine les millions d’Européens prendre le Ferry ou l’Eurostar pour aller à Douvres jouïr librement de frites made « the belgian way ».

L’UE est dans les patates, au bord de l’éclatement général. On n’ose imaginer les cataclysmes en série si cette folie continue : tous les fromages français pasteurisés pour éviter les bactéries ? Les pizzas cuites au four électrique pour éviter les vapeurs de bois ? Les gaspachos bannis car plein de bestioles non bouillies ? Les sardines portugaises dans des boîtes en plastique pour éviter l’oxydation ?

On nous avait pourtant promis, à l’avènement de la présente Commission, la fin de la régulation obnubilante. On nous avait même annoncé un mouvement inverse, une libération du joug directif, un reflux des règlements superfétatoires. Que nenni : quand la grande machine fonctionne, elle a de l’huile dans les rouages.

Référons-nous une fois encore à la noble Histoire dont notre Continent est à la fois riche et fier, pour nous libérer des tubercules directifs. Dorénavant les fonctionnaires qui partent à l’assaut de nos cultures locales seront traités à la manière des assaillants médiévaux devant murailles du château : on leur jettera de l’huile bouillante.

Deux fois.

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