Les Wallons ont raison

On ignore aujourd’hui si l’attitude wallonne tuera le monstre pour de bon. Mais une chose est certaine : le CETA (le traité de libre échange entre l’UE et le Canada) lésera davantage les citoyens européens qu’ils ne les favorisera.

En cause un principe à mes yeux intouchable : la suprématie d’un état sur une entreprise privée. En clair, si une entreprise canadienne se sent lésée par le projet de loi (par exemple) slovène, cette entreprise peut attaquer la Slovénie devant une juridiction à créer, pour l’en empêcher. Donc, si votre pays décide de passer complètement à l’agriculture bio, la branche canadienne de Monsanto peut le citer à comparaître afin de vous forcer à développer ses tumeurs.

Au fond, la question est grave : l’économie peut-elle prendre le pas sur la démocratie ? De l’autre côté de l’Atlantique c’est déjà perdu. Question subsidiaire : l’Europe a-t-elle encore le droit à sa personnalité propre ?

D’autant que les gains envisagés représentent moins d’un pour mille du budget de l’UE. Moins d’un millième du budget de l’UE, pas sûr que ça vaille la peine de sacrifier notre démocratie.

D’ailleurs, la défense de cette juridiction par les négociateurs sent le pathétique. Les tribunaux seront composés de personnes de haut niveau, dont la compétence ne peut être remise en question. Barroso, par exemple, correspond tout à fait au profil susmentionné. Çà donne envie, non ?

Fait aggravant : on trouve exactement le même projet de juridiction dans l’immonde TAFTA (TTIP), en négociation avec les États-Unis. Vous voyez la manœuvre  ? D’abord on signe en douce avec le Canada. Quelques mois plus tard on met le TTIP sur la table. Les opposants montent au créneau et objectent de ce tribunal, Moyen-Age 2.0.  Et là, un irresponsable politique apparaît et déclare, l’air navré, face à la caméra : « mais c’est trop tard, cette juridiction existe déjà avec le Canada ».

Et voilà, on aurait aussi le TTIP.

Le CETA est inacceptable en l’état parce qu’il induit une subsidiarité des états aux multinationales. Il l’est une deuxième fois, car il sert de vaseline au TTIP.  Il l’est une troisième fois parce que, Wallons à part, tous les irresponsables politiques prêts à le signer confirment, côté européen en tous cas, qu’ils s’assoient sur l’opinion leurs électeurs.

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