Larryra bien qui Larryra le dernier

Voici une dizaine d’années, l’action Oracle m’avait financé le remplacement du brûleur au fioul, atteint par une crise d’obsolescence non programmée. Raison pour laquelle je continue à suivre la société, on ne sait jamais, le frigo a quinze ans et le congel aussi.

En fait, j’espère que le frigo tiendra encore quelques mois : pour l’instant le leader intergalactique des bases de données n’est pas en forme olympienne. Ni olympique. On se demande même en forme de quoi il est.

D’abord la guerre contre Big Broogle vient de connaître un rebondissement inattendu mais salutaire.   On va essayer de faire simple.

Au début, une petite société indépendante développe un OS pour smartphones. Afin de permettre aux développeurs tiers d’y ajouter des applications en Java, elle incorpore des interfaces logicielles, des API. Nous sommes fin des années 90 et Java appartient encore à un constructeur de matériel : SUN. Ce dernier accepte, ravi, que 37 API Java soient incorporées au code Android. Oui, mais SUN va mal. Et quelques années plus tard, son patron va taper Larry Ellison, le patron d’Oracle et se fait racheter pour 4,9Mia USD. Beaucoup trop, la boîte aurait fait faillite quelques mois plus tard.

Voici donc SUN et sa panoplie de logiciels libres dans les pattes de l’oncle Picsou. MySQL devient payant à partir d’un certain niveau, OpenOffice est cédé à la fondation Apache (après que les meilleurs développeurs se soient barrés à Berlin). Reste Java : libre, libre désespérément libre.

Mais qu’entraperçoit Larry au loin ? Ne sont-ce pas des API Java devenus SA propriété à lui, Larry Ellison, sur Android, l’OS le plus utilisé au monde et désormais propriété d’un autre Larry (Page) ?

Procès. Nos API à nous qu’on a sont payantes. Bataille d’experts en première instance, Google (Larry Page, Larry le jeune) gagne. Appel, Larry Ellison, Larry le vieux, gagne. Google relance avec la notion de « fair use » : ok, on a utilisé les API Java mais en a-t-on tiré un avantage substantiel ? Non, répond le jury. A ces mots, Ellison ouvre un large bec et laisse tomber ses 9Mia USD d’amende.

La situation pourrait sembler schizophrène : l’accusé doit sauver les intérêts à long terme du plaignant, lequel se fout du long terme et des développeurs, il veut du pognon tout de suite. En effet, s’il gagne sa bataille, Larry le vieux rend Java payant et c’en est fini de la première communauté des développeurs au moooonde qu’il contrôle indirectement.

Seulement Larry le vieux, il a une obsession : le pognon. Soyons compréhensifs quand même, il en faut pour s’offrir une île dans le Pacifique, une propriété de plusieurs hectares aménagée en jardin japonais, une collection de supercars (la 911 turbo, c’est tellement peuple), quelques yachts et quelques avions. Oui, en résumé, dans la guerre entre les Larry, c’est l’avenir de Java qu’on joue. Dernier détail, Larry le vieux a fait appel.

Normal, il risque d’avoir besoin de menue monnaie par ailleurs : une cadre supérieure du département finance vient de se placer sous la protection des lanceurs d’alerte. Ensuite, elle a avoué avoir été contrainte de siliconer les revenus du cloud d’Oracle, à en faire pâlir les stars de l’AVN 2016. Genre à anticiper des revenus pour lesquels il n’y avait même pas de contrat. Comme on est aux States, des cabinets d’avocats commencent à décrire des cercles au-dessus de leur proie et préparent leurs Class Actions avec le souci du détail des enlumineurs médiévaux.

C’est beau la conscience professionnelle.

Larries

Et mon frigo alors ?