Réseau à la con

Depuis quelques jours, la buzzosphère semble découvrir une zone de gras dans la société laborieuse : les emplois à la fois inutiles et ronflants, dits « jobs à la con ». Un exemple simple :

Une société décide d’optimiser sa production. Elle s’adresse à une SSII pour automatiser sa logistique, ses stocks, ses robots, relier le tout à son système comptable et à ses principaux fournisseurs. On s’accorde sur une équipe de six développeurs et un chef de projet pendant deux ans. Limpide.

Que nenni. Qui va contrôler ces gueux gens ? Il faut une direction de projet, d’au moins trois personnes (à temps partiel, d’accord, mais 3 personnes quand même). Et qui contrôlera le respect des normes ? Et hop, un contrôleur-qualité. Et quelle méthodologie vont-ils utiliser ? Roule ma poule, voilà un Scrum Master. D’ailleurs j’ai oublié que le contrôleur-qualité lui aussi devait utiliser des méthodos. D’où nécessité de formations à COBIT, CMMI et j’en passe et des plus drôles. Bref, on pousse un peu et l’équipe initiale de 7 personnes, passe à douze ETP (équivalents temps plein) sans que la volume de travail contracté n’ait bougé. Tout cela pour « encadrer » des gens diplômés à minimum BAC+3. Traduisez pour encadrer des gens qui n’ont pas besoin d’encadrement.

Ce genre de délire inflationniste se retrouve dans tous les secteurs socio-économiques. Un élu sort des clous ? Vite un sondage du parti adverse. Contredit par un autre sondage initié par le premier nommé. Votre société commence à exporter dans toute l’Europe ? Il vous faut des conseillers en communication. D’où, finalement, LA question : la société irait-elle encore moins bien sans sondeurs, coaches en fitness ni consultants en communication ? Ce sont ces genres de métiers périphériques, annexes ou connexes qu’aujourd’hui on baptise jobs à la con. La perversité du système réside dans la hiérarchie des fonctions. Moins vous prestez de travail concret et direct, mieux vous êtes considérés.  Moins vous êtes utiles à la société mieux elle vous rémunère.

Le pionnier du branding « jobs à la con » s’appelle David Graeber, dont je vous recommande le twitter. Le David en question possède aussi deux profils sur Linkedin, la cage aux folles du corporate bullshit. Je suppose qu’il y récolte les échantillons nécessaires à ses recherches. Sur Linkedin foisonnent les gens importants au profil hyper soigné. Ils attirent l’intérêt du chaland en re-blogant des maximes à deux balles de Mandela ou de Macklemore. Les matheux nous y demandent combien font 3 / 1/3.

Dans les années 30, Keynes pensait qu’en l’an 2000, la semaine de 15 heures serait suffisante, au vu des progrès technologiques. Il avait oublié les jobs à la con, dont le rôle semble consister à créer des fonctions et des hiérarchies marginales. Corollaire : si l’humanité désire raccourcir la semaine de travail, voire introduire le revenu universel garanti, pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? On garde les emplois réellement utiles et ne pouvant être rationalisés. Leurs prestataires travaillent quelques heures par semaine. Pour identifier les jobs à la con, on utilise Linkedin. C’est un excellent référentiel de jobs à la con.