Un référendum à 4.000.000.000.001€

Bonjour à tous. J’avais volontairement suspendu mon blog pendant un an, intérêts économiques obligent. Cette phase clôturée, on reprend le cours normal des émissions (mais pas le cours des émissions normales).

Soucieux de conformisme pour ce premier post depuis Mathusalem, on va parler un peu de la Grèce. Pas pour donner dans l’angélisme béat ni passer pour un teuton de Panurge. Enfonçons la porte bille en avant : Syriza a raison sur bien des points et la question sous-jacente n’est pas bénigne.

Voici six ans, quand la Grèce a plongé, j’avais consulté quelques chiffres sur le site World Factbook, géré par un organisme très bien renseigné sur vous et vos maîtresses. La Péninsule présentait certaines similitudes avec la Belgique :

populations d’environ 11Mio d’habitants et PIB d’environ 350Mia €. Mais ça c’était avant.

Aujourd’hui, la Grèce a perdu plus de 25 % de son PIB : blâmons tous ensemble le fmi, hou, hou.

On trouvait malgré tout une divergence sensible entre les deux pays susnommés : au sud, on dépensait 8Mia $ pour la défense, au nord, 4,5Mia. Pourtant, personne n’a suggéré d’économies sur les achats militaires. Certes, la France et l’Allemagne, les deux gros vendeurs d’armes en Europe, sont aussi les deux gros créanciers. Mais y voir autre chose qu’une coïncidence, c’est de la mauvaise foi… Euh,…

Aujourd’hui, la Grèce est dans la mouise (le PIB belge ayant augmenté, il s’établit aujourd’hui au double du grec). Mais surtout, nous avons l’impression que la crise hellénique sert de paravent. Braquons les projecteurs sur l’ensemble de la zone Euro. D’après mon calcul, nous devrions, tous pays confondus, économiser 4 000Mia €.

Attention, pas pour revenir à zéro. Pour rentrer dans les célébrissimes et idiotissimes critères de Maastricht. En clair, pour revenir sous la barre des 60 % de dette par rapport au produit intérieur brut. 4 000Mia € pour un traité dont beaucoup se tamponnent. Signalons au passage, qu’aux Etats-Unis, le seuil des problèmes est à 100 %. Au Japon, on s’en fout : ils sont presque à 300 %.

Si on vous demandait jamais « Marquez-vous votre accord pour économiser 4 000 Mia € dans les prochaines années, afin de revenir dans les critères de Maastricht », les réponses couvriraient très vraisemblablement une palette bigarrée de nuances, entre le « non » glacial et des pratiques inavouables avec votre mère.

Mais, au fond, pourquoi ne nous demande-t-on pas notre avis ? » Les Grecs, eux ont droit à un référendum. Au coeur du problème se pose la question du rapport de force déterminant pour l’avenir : l’économie est-elle au service de la démocratie ou la démocratie au service de l’économie ? Si votre logique correspond à la mienne, nous optons pour la première solution. Nous ne sommes donc pas choqué d’un référendum en Grèce. Au contraire, nous demandons nous aussi une consultation sur les 4 000Mia €.

La froide colère teutonne envers Syriza s’explique alors de manière inquiétante. Ce sont les mêmes qui veulent nous envaseliner le traité TAFTA (ou TTIP) sans consultation populaire, pour la même utopie : davantage de bien-être.  Perspective fallacieuse, puisqu’à ce jour la plupart des simulations indiquent que seules les multinationales en profiteront. De même, les économies drastiques imposées par Merkel et la femme du fmi, toutes aussi fallacieuses, ont conduit la Grèce à la déroute.

Pour beaucoup, le référendum de ce week-end passe, au mieux, pour une manœuvre de politique interne, au pire pour un acte désepéré face à l’ampleur du problème. A mieux y réfléchir pourtant, le citoyen en zone Euro se trouve face à un dilemme inacceptable : soit on est démocrate et fauché, soit on est aisé et prié de se taire.

Un jour, il faudra décider : 4 000Mia, ça en représente des écoles, des subsides pour les universités et les chercheurs, des profs plus motivés, et du pouvoir d’achat en plus, pour les 335 millions d’habitants de la zone ou des stimuli pour les PME’s. En fait, 4 000Mia €, c’est tellement énorme que ça ne veut plus rien dire.

Aujourd’hui des voix célèbres s’élèvent pour une réduction substantielle de la dette grecque. Comme c’est une bonne idée, on pourrait carrément l’étendre à l’ensemble de la planète. A part les allemands, qui croit encore que l’Italie remboursera, elle seule, 1 400 Mia € simplement pour respecter Maastricht ?

Pourquoi dès lors ne pas décider, au niveau OCDE, d’une consolidation générale de la dette à 60 % pour tous ? Première contrepartie, les états mettent l’ensemble de leurs dettes sur la table (y compris les cadavres planqués dans des organismes tiers, si, si, il y en a). Deuxième contrepartie, celui qui dépasse ces sacro-saints 60 % paie, à l’avenir, double taux.

Corollaire : pas besoin de référendum, tout le monde tombera d’accord. Sauf peut-être Merkel et la femme du fmi. Mais elles constituent une minorité. Partant, l’économie repasse au service de la démocratie.

Merkel_et_la_femme_du_fmiMerkel et la femme du fmi