Camarade, t’as pas 19 milliards ?

Le camarade Zuckerberg, n’avait pas les 19 milliards mais il les a quand même payés. 16 pour la société, 3 pour les travailleurs et travailleuses (3 Mia pour 50 camarades, je vous laisse faire la division et pleurer). En fait, seul un quart de la somme est payée en espèces trébuchantes (et de moins en moins sonnantes). Le reste, c’est un paquet d’actions FB.

Le montant paraît démesuré pour des sms améliorés, même si Fesse-bouc avait absolument besoin de Whatsapp. D’une part sa clientèle à lui ne croît plus à vitesse grand V (il perd même des membres chez les jeunes américains). D’autre part, la mobilité constitue le Graal de tous les acteurs du web. Messenger c’était bien mais sans plus. Whatsapp, c’est la killer idea.

Whatsapp est rentable et croît au rythme d’un million de nouveaux abonnées par JOUR. Après un an, d’utilisation, une redevance d’un dollar par an est due, payable par presque tout le monde. Fin 2014 donc, elle devrait compter environ 750 millions d’utilisateurs qui généreront environ 500Mio USD, dans un scénario idéal. Le camarade Zuckerberg a donc payé 38 x le chiffre d’affaire anticipé. S’il l’avait fait avec mon pognon, il tremperait déjà dans une cuve de H2SO4.

Partant, deux conclusions émergent (en tous cas, à mon humble avis). D’abord, FB devient une holding : elle gère des marques (FB, Instagram, Whatsapp,…) et crée de la valeur ajoutée en analysant les données et les comportements des utilisateurs (Business Intelligence). Ca peut marcher, mais ça ne justifie pas (n’excuse pas?) les 19Mia USD, même si on peut espérer des synergies entre les marques et des revenus publicitaires en hausse.

Ensuite, comme l’argumente les capitalistes de CNBC, ils sont désespérés et ne savent plus comment générer de la croissance sur leurs rézossocios. C’est un secret de polichinelle : FB c’est un truc pour quadras et quinquas.  Les djeuns ne veulent pas se retrouver à échanger leurs secrets d’alcôve avec leurs parents.  D’où l’achat d’Instagram voici presque deux ans et de Whatsapp hier. Détail : Instagram avait coûté 1Mia. En deux ans, les prix ont donc flambé de 1900 % .

En fait votre  camarade serviteur a tendance à croire (je ne recommencerai pas) les capitalistes et autres financiers : on se trouve dans un scénario de fuite en avant, face à une obsolescence prévisible du service de base.  La preuve ? Big Broogle avait offert 10Mia. Si Whatsapp n’apportait qu’une valeur ajoutée marginale, Fesse-bouc aurait laissé filer l’affaire. Leur surenchère prouve que le service de messagerie était crucial pour l’avenir.

Reste à définir les gagnants et les perdants. Du côté des premiers, Snapchat (à mon avis, bien plus cool que Whatsapp). Ils avaient refusé une offre de Big Broogle à 4Mia USD. Aujourd’hui, ils attendent le coup de téléphone d’Eric Schmit le sourire aux lèvres. Idem, les camarades travailleurs de Whatsapp : ils n’ont plus à recompter la monnaie au sortir de la boulangerie. Enfin, Rakuten, la société d’e-commerce japonaise : elle s’est offert Viber la semaine dernière pour … 900Mio. Une aumône, une obole, à peine quelques pièces jaunes. Enfin, toutes les nouvelles idées et sociétés détentrices du dernier gadget mobile à la mode. Elles ont multiplié leur valeur par 19 en deux ans.

Du côté des perdants, quasi tout le patronat capitaliste de la Silicon Valley : l’acquisition de jeunes sociétés innovantes ne se paiera plus en tickets-restos. Citons bien sûr Big Broogle qui devra être trèèèèès gentil envers les snapchats et autres kolkhozes innovants . Citons aussi le point d’exclamation (et son Yahoo devant). La trésorerie restante n’autorise plus de folies : fini le shopping permanent pour faire mousser le buzz, il va falloir gagner sa vie à la sueur du front de Marissa.

Et puis, il y a le pauvre Twitter. Lui a voulu la jouer perso, est parti en bourse et se casse le nez. Il n’a quasi-jamais été rentable et espérait par effet de buzz pouvoir rejouer le coup de l’IPO gagnante de Fesse-bouc même.  Un jour twitter devra se vendre au plus offrant. Et comprendra son erreur.

Perdant évident : Fesse-bouc lui-même : pour son avenir, il aurait intérêt à un crash boursier de type 2001, afin de ramener les évaluations à des niveaux décents. Seulement pareil crash ne lui permettra plus de payer ses acquisitions par des paquets d’actions. Bref, à terme, le camarade Zuckerberg risque de se trouver coincé entre l’obsolescence et la disette.

Perdant ultime : nous tous, travailleurs et masses populaires. C’est avec nos données que les acteurs du web et de la mobilité génèrent leurs revenus publicitaires. Or, nos données personnelles, dont la valeur en deux ans a été multipliée par 19, nous n’en voyons pas le moindre centime. Si Google nous offre des services gratuits réellement utiles (Android, Docs, mail,..) en contrepartie, Fesse-bouc, lui offre du trivial. Peut-être est-ce là la prochaine frontière du web : des rézossocios 2.0, fabriqués par l’internaute et demeurant propriété de ce dernier.  Debout les damnés de la terre…

Zuck_poor… à l’époque, j’ai tout claqué dans whatsapp…