Technossaire : Y(1) …..!

Ça y est, ils tiennent leur nouveau logo. Il était temps, l’ancien évoquait le fronton d’un casino décrépi au fond d’une sous-préfecture oubliée. Ou celui d’une baraque foraine à la fête à neuh neuh.

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Première constatation : le point d’exclamation a survécu. Plus vieux que les séquoias californiens, plus solide que les bunkers de l’Atlantique, l’immortalité du point d’exclamation défie les lois de la génétique. Est-ce un message au concurrent ? Après tout, à ses débuts, Big Broogle lui aussi, en possédait un. Mais, girouette comme pas deux, ils l’ont laissé tomber après quelques années. Yahoo, lui,  ne badine pas avec le point d’exclamation.

Deuxième constatation : le nouveau logo est ch…. comme quinze jours de pluie. Nous faire lanterner 30 jours pour produire çà, aucun doute, il s’agit de la première bourde de l’ère Marissa. Chère Marissa, ton nouveau logo a la dégaine du jeune curé dans « La vie est un long fleuve tranquille ». Le point d’exclamation incliné à 9°, c’est le moment de folie, la guitare dans le dos avec madame Lequennois sur scène.

 

Pour le superflu, on distingue trois phases chez !  D’abord la fondation et la croissance. Jusqu’en 2003, ils étaient le portail de référence du ouaibe tout entier. Le cours de l’action a frisé les 100$. Ensuite arriva Big Broogle et la chute, marquée par des changements intempestifs de management et un cours de bateau ivre. Là, l’action a frisé les 8$. Enfin, Marissa vint.

Sans qu’on comprenne de manière claire la stratégie amorcée, on sent, depuis la venue de la blonde, une nouvelle dynamique. Assise sur un trésor de 8 7 6 mia USD depuis la revente des actions Alibaba, Marissa Meyer et son point d’exclamation ont gobé 22 sociétés en une année, soit une tous les 17 jours. On recense d’un côté l’achat de Tumblr pour 1,1Mia, de l’autre, le ratage sur Dailymotion. Deux constantes émergent : un fort intérêt pour les activités sociales et collaboratives du web (pertinentes pour la vente de pub) et une tendance générale à tuer l’application dès la fin de la transaction. Conséquence du côté pile : le point d’exclamation dispose d’une bibliothèque d’applications stratégiques, capables d’être déployées rapidement. Côté face, ils ont dépensé beaucoup, sans retour sur investissement.

D’autre part, il est difficile de comprendre comment ! est géré sans comprendre la personnalité de sa nouvelle cheffe. Intelligente, obstinée et sans aucun sens social, Marissa Meyer était sur la touche chez Big Broogle. Recrutée par chasseur de têtes, elle s’impose très vite. Elle recrute d’emblée le guru des adwords chez leur ancien employeur : Henrique de Castro se voit confier la tâche de relancer la pub en ligne. Mais le caractère cassant de la banquise aux yeux bleus laisse des cicatrices. Exemple concret  : 6 personnes ont claqué la porte lors du relooking de Yahoo Mail, parce que madame décida, huit jours avant le lancement, d’en modifier quelques couleurs.

Quel bilan tirer après un an ? D’abord ce qui fonctionne :

  • le buzz. Depuis son arrivée à la tête du point d’exclamation, les sites qui comptent (pas celui-ci) parlent de yahoo ou de Marissa trois à quatre fois par semaine, à peu près autant que de Big Broogle.
  • la fréquentation. Tout le monde a eu vent de LA statistique ComScore : aux States, le point d’exclamation rassemble plus de visiteurs uniques que Google. Fort bien, cautionne le magazine Quartz, mais est-ce dû à une augmentation chez yahoo ou à une baisse chez l’autre. Et si baisse il y a, ne faudrait-il pas l’imputer à une migration des surfers vers les plate-formes nomades, plate-formes où le point d’exclamation présente une énorme faiblesse ?
  • les relookings. La dernière mise à jour de yahoo météo est sublime. On espère qu’elle servira de charte graphique au reste. On espère aussi que Marissa ne changera plus d’avis huit jours avant les mises en production.

Ensuite les points d’interrogations du point d’exclamation :

  • les acquisitions. Tumblr mis à part, toutes les acquisitions ont été fermées. Elles constituent pourtant une force de frappe importante. Il importe de les organiser en écosystème. Ceci permet à la plate-forme de conserver le visiteur et de lui offrir un plus grand nombre de publicités, lucratives. Or dans ce secteur, Big Broogle domine de la tête et des épaules. Marissa a pourtant engagé une pointure. Mais, sans stratégie claire, Henrique de Castro ne peut que jouer les essuies-glaces.
  • les résultats financiers : bien sûr le cours de l’action a repris des couleurs, de 15 à environ 27 USD. Mais les revenus publicitaires déclinent depuis trois ans et le prix des pubs baisse. Bref, de gros changements organisationnels pour pas grand-chose au niveau des résultats. Pour l’instant ?
  • la mobilité : Big Broogle a android, Fesse-bouc a récolté un max de pognon le trimestre dernier grâce à son appli. Le point d’exclamation, lui, ne pèse pas lourd. Yahoo météo, déjà évoqué plus haut sert de faire-valoir. L’appli a beau dominer ses concurrents, elle ne rapporte rien.

Dernière hypothèque : le caractère de la cheffe : intelligente, bosseuse et sans concessions. Persuadée d’avoir raison seule et contre tous, elle possède la personnalité idéale pour transformer l’ancêtre du ouaibe en une bête de course.

Et pour se faire lourder dès le train remis sur les rails.