Technossaire : S (1) Samsung

Comment écrire sur Samsung sans tomber dans les platitudes classiques, style « domination totale de la téléphonie mobile ou le Sony des années 2010 » ? Peut-être en vous demandant de visionner le film ci-dessous (prévoyez une demi-heure quand même).

En résumé, Samsung produit un peu de tout, du porte-conteneurs au processeur pour mobile. De ma propre expérience, les produits sont d’excellente qualité. Témoin mon micro-ondes, acheté en promotion dans une colonne de caisses, empilées jusqu’au plafond. La marque n’était pas connue, les produits coréens étaient bon marchés, bref risque minimal. 25 ans plus tard, il n’a pas perdu une seule fonction. Pareil pour le premier smartphone, le Galaxy S toujours opérationnel aujourd’hui (mais lent, très lent).

Pour s’imposer au niveau mondial dans l’électronique domestique, pour casser les reins au japonais, autrefois omnipotents, il fallait plus que des produits de première qualité. Un marketing agressif, par exemple. Et un coup de bol aussi.

Lors de la sortie du Galaxy S de première génération, Eric Schmit, le Darth Vador de Big Broogle s’écria, en pleine extase : « ceci est le premier smartphone Android à véritablement concurrencer l’ail phone ». Bien sûr tout le monde le crut. Bien sûr, c’était un mensonge. A l’époque, les HTC leur tenaient la dragée haute. Mais, pour imposer Android, l’Empire avait besoin d’un allié galactique. HTC n’avait ni les infrastructures de production ni de distribution. Adoubé sur la scène mondiale par Big Broogle, le coréen n’avait plus qu’à produire et à améliorer. Au début, ça marchait du tonnerre. Depuis, il se chuchote que Big Broogle s’inquiète (trois des quatre smartphones Android les plus vendus en 2012 provenaient de Samsung).

Toute résistance serait-elle futile ? Non. Je vous passe le navrant chapitre de la propriété intellectuelle. La pomme pourrie y gagnera de l’argent. Elle y perdra sa respectabilité.

D’abord Samsung se fait tailler des croupières au niveau des écrans par l’autre coréen, LG. L’impact se fera sentir dès la fin de l’année, tant au niveau des téléviseurs, qu’au plan des écrans flexibles, prochaine étape obligée vers la geekitude absolue.

Ensuite, Samsung ne sait pas écrire d’application. Les apps propriétaires sur un Galaxy Note sont à la fois moches, laides et pas belles du tout. De plus, elles ne servent strictement à rien, sauf à considérer qu’une moustache ajoutée à la photo de mémé constitue une amélioration fondamentale. La preuve du contraire : au sud ouest de l’Europe, on recense plein de mémés déjà pourvues de moustache. Bref, nul au niveau des applis-maison.

Leur dernier-né, le Galaxy S4, rencontre un franc succès, porté par un marketing hollywoodien. Pourtant, à l’instar d’Hubert Bonisseur de la Bath, je ne leur prédis pas un grand avenir : d’une part, leur domination totale du monde Android ne peut plus progresser. D’autre part, les concurrents avancent : le meilleur smartphone en ce moment provient d’HTC. Les chinois, eux, débarquent avec des prix… chinois.

En outre, le contre-exemple de Sony l’a prouvé : les changements de génération se gèrent mal dans l’électronique grand public. Or Samsung se trouve précisément dans cette phase : le patriarche vient de confier les clés à cinq héritiers.

Reste le portefeuille d’innovations : le film en référence impressionne. Mais il faudra beaucoup de nouveautés pour tenir les concurrents à distance. L’annonce de la 5G pour 2020 ouvre un grand trou, dans lequel il serait illusoire de compter à nouveau sur une déclaration tonitruante d’Eric Schmit….