Technossaire : O (2) Oracle, ô désespoir

Dans le top 10 des grosses fortunes mondiales, on recense, entre autres, le retraité Billou et Larry Ellison, le patron d’Oracle, vértiable proxy pour sa boîte. Lui s’est offert une île, dans l’archipel d’Hawaï. Comme une seule compagnie aérienne desservait l’endroit, Larry l’a acheté aussi. Pourtant, son bonheur n’est pas parfait : le port est trop étroit pour accueillir son yacht. Ces gens-là ne sont pas plus heureux, ma bonne dame.

 

Quant à sa boîte, elle va encore bien. L’action a gagné 20 % sur un an. Si Microsoft, c’est le PC, Oracle c’est à peu près tout le reste. Pas pour vous. Pour les sociétés, les grosses. Les très grosses, même. Oracle leur offre tout. Du serveur à l’application CRM, en passant par la gestion du personnel, des factures, tous les besoins de l’entreprise peuvent être couverts.

Au début de l’année, ils ont poussé le bouchon encore un peu plus loin : en amont des serveurs, la connexion avec le web leur échappait. Avec la monnaie du pain, Larry s’offre une boîte de plomberie-Internet (routeurs, switches,…). Au grand désespoir de Wil.E Coyotte, il vient d’acheter ACME. Il les lui faut toutes. Toutes, je vous dis.

Toutes ? Non. Ou oui pourvu que ça rapporte. Le point d’inflexion dans l’histoire de la boîte a été franchi avec le rachat de SUN (serveurs). D’abord, SUN construisait du hardware, un nouveau métier. En outre, SUN possédait des applications Open Source. Aïe. L’Open Source, c’est un business model différent dans lequel des développeurs s’associent pour mettre à la disposition de la communauté des applications, en échange d’une prestation de celle-ci (support, dons,…). Rien à voir avec la vente de licences. L’Open source, Larry n’aime pas. Exit donc Open Office. Pas un kopek à ramasser, rien à faire ici. L’autre grosse appli en logicie libre, c’était MySql : il en reste un embryon en open source, le reste est devenu payant.

Et puis, il y a Java, qu’est belle comme un soleil et qui m’aimeu pareil que moi j’aimeu Java. Chez Oracle, ils en ont besoin. Donc, ils le subissent, d’un stoïcisme à faire pâlir Socrate après la cigüe. Langage de développement quasi-universel, il sert autant à programmer des applications comptables que des sites web. Reste la version embarquée : les problèmes de sécurité en ont terni la réputation et par extension, la confiance du marché envers Oracle.

Jusqu’ici, Oracle a toujours été très gentil avec ses actionnaires. La société, assise sur un magot énorme a toujours été capable d’anticiper l’avenir, le plus souvent par acquisitions. Il en a toujours résulté une croissance stable ; l’action Oracle était devenue une quasi-obligation.

Problème majeur, les revenus restent basés sur les anciens modèles de business. Or, depuis l’ascencion de Google, les business models du software ont changé. La réaction de Larry est primitive tout au plus : procès à gauche et à droite au nom de licences prétendument non respectées. On vit à la limite du patent trolling. Or, le basculement semble se produire à l’instant : les derniers résultats déçoivent, pour la première fois, tant au niveau logiciel que  matériel. Pas facile de repenser un géant, de prendre des risques en fin de carrière (Larry porte beau mais aura 69 ans en août).

Le trimestre prochain, les ventes d’ACME seront intégrées aux résultats. Soit ils rebondissent, soit ils tombent au fond du canyon, dans un nuage de poussière.

WileLarry

Cette année, Larry a racheté ACME