Technossaire M (1)

La lettre M abrite deux géants de l’IT et du Net : Microsoft et Mozilla. Comme il s’en passe de belles pour chacun d’entre eux, nous avons décidé d’ouvrir le parapluie sur plusieurs articles. A tout seigneur tout honneur, on commence par la boîte à Billou.

Difficile pour la majorité silencieuse de concevoir l’informatique personnelle sans la boîte à Billou. Pourquoi, au fond ? La force de l’habitude d’abord. Les sociétés de services ensuite : Microsoft, c’est la banque des SSII : elles y placent leur pognon et le retouchent avec intérêts. Bien sûr quelqu’un doit se saigner pour rembourser l’ensemble, mais ça c’est votre problème. Ou plutôt : c’était jusqu’à W8 / Office 365.

Appuyé sur une clientèle captive, on a parfois tendance à s’assoupir. Fin des ’90, Billou avait d’ailleurs pris le virage d’Internet deux roues dans le gazon. Pour l’informatique nomade, c’est pire encore. Résultat : cette année, Big Steve joue sa tête. Sa stratégie s’appuie sur les deux mamelles de Redmond : Windows et Office. En gros : on prend tous les risques avec Windows. Par contre, on assure avec Office.

La prise de risque s’appelle Windows8. Sur smartphone ou tablette, l ‘ergonomie est réussie. Par contre, sur PC, W8 s’apparente à un accident industriel. Windows8 est quasi incompatible avec le maniement d’une souris, en plus de ne rien apporter de vraiment novateur. S’apparente, seulement. Soyons honnêtes : tout le monde anticipait la zermi AVANT  même la sortie sur PC . La mission de W8 consiste à réussir impérativement sur les mobiles. Le marché du PC, lui, est captif et régresse : donc, on s’en fout (euh, pour cette fois).

L’assurance-vie s’appelle Office. La suite bureautique doit compenser l’investissement de W8 en 2013, d’où la hausse des prix. Office, c’est du béton, on peut y aller bille en avant. D’ailleurs, on y va : on introduit la licence par abonnement. La formule présente plusieurs avantages : elle rend le client encore plus captif (un renouvellement par simple rappel d’email et retrait sur carte de crédit évite à l’utilisateur de s’interroger). Elle permet aussi à Redmond de mieux connaître ses utilisateurs. Dernier avantage, elle facilite la  planification des rentrées d’argent.

Voici dix ans, la stratégie consistait à « put windows everywhere ». Comme c’est raté dans la mobilité, on semble muter vers un « put office everywhere », fort des fonctionnalités supérieures de leur suite. Du même coup, on coupe l’herbe sous le pied aux Google Docs et on garde le contrôle du client. En fait, toute la politique marketing d’Office365 pointe dans cette direction. On murmure d’ailleurs, pour 2014, des versions pour Android, Mac voire même Linux.

Le cocu de l’affaire s’appelle SSII. La formule basée cloud va rendre l’intermédiaire de moins en moins indispensable. Cela n’est pas sans risque mais Big Steve n’a pas trop le choix.

Sur le plan des surprises, on serait étonné qu’ils échappent à l‘amende promise par la Commission européenne pour ne pas avoir offert le choix des browsers à leurs clients, comme convenu précédemment. D’autre part, les règles de la Commission sont formelles : il lui est interdit de passer contrat avec des sociétés lourdement sanctionnées par l’E.U. Ici, la grosse surprise serait que les Institutions respectent leurs propres règles.

Enfin l’annonce de Windows Blue, des mises à jour annuelles, pour tous produits et plate-formes, s’inspire directement du monde Linux et marque une césure par rapport aux service packs actuels. Elle pointe aussi vers une capture directe du client par Redmond.

Délaissement du PC, accent sur la mobilité, le cloud et abonnement des clients : Microsoft tente d’intégrer les nouvelles tendances de l’IT en ménageant les anciennes. La stratégie est quasi-parfaite : on prend un risque avec Windows d’une part, on assure en gonflant la vache à lait Office d’autre part. Et comme le cours de l’action doit impérativement monter, on prend le contrôle direct du client final à travers les formules cloud. Seul danger, les SSII, shuntées pourrait devenir les principales concurrentes. Elles aussi savent lire un plan marketing, elles aussi contrôlent le client final et elles aussi doivent faire monter le cours de l’action.

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