Technossaire H-I

H

HP : l’exemple parfait d’anti-management. En 2010 et 2011, une suite invraisemblable de changements de CEO génère des décisions stratégiques invalidées en cascade. Tout le monde se rappelle l’histoire de Mark Hurd, brillant CEO qui aurait vraisemblablement permis à l’entreprise de dépasser IBM. Malheureusement, en plus d’aimer l’IT, il aimait aussi tâter les tétons. Et comme on est aux States, exit le Mark.

Au cœur du problème, la mutation vers une société à dominante de services : elle a échoué piteusement : les imprimantes marchent nickel, HP demeure trop tributaire de son hardware. Pas facile de consolider financièrement un empire, de consacrer son énergie à un secteur qui détruira vos vaches à lait, tout en jouant virant le meilleur CEO de sa génération.

Aujourd’hui, HP se trouve assis entre deux chaises. 2013 devrait nous révéler s’ils sont capables de payer pour deux fauteuils d’orchestre. Aux dernières nouvelles, ils ont reçu plusieurs offres de rachat pour EDS et Autonomy (acheté 5 Mia USD trop cher). Mais, même si la consolidation financière intervient cette année, elle ne pourra pas indiquer de nouvelle direction stratégique.

HTC : « Attendez de toucher le fond et là, un bon coup de talon et vous remontez, monsieur ». HTC a piqué sa stratégie chez SOS Détresse Amitié. En clair, HTC a décidé de lâcher le bas de gamme en 2011. Problème : ils en tiraient un max de revenus. Autre problème : pour réussir dans une gamme plus élitiste, il faut des spécifications-produits impeccables. Donc si vous optez pour une batterie fixe et sous-dimensionnée à la fois, vous vous faites brocarder par les sites spécialisés. Si, de plus, votre principal concurrent prévoit un slot microSD et vous pas, vos produits restent dans les étales. Donc, fin 2012, vous virez votre marketing manager. Accessoirement, vous donnez un nouveau coup de talon sous forme d’un nouveau smartphone 5 pouces. Et vous coupez vos dépenses de R&D de 60 %, sans payez les heures supps à vos ingénieurs, qui se mettent à râler en public.

Pour le reste, HTC produit d’excellents terminaux, bien finis, équipés d’écrans superbes et dotés d’appareils photos de premier plan. Témoin les nouveaux 8X et 8S sous windows, considérés comme équivalents aux Nokia.

Pour HTC, 2013 doit impérativement être l’année du re-décollage, faute de devenir insignifiant. A cet égard, leur nouveau concept de photographie (3 capteurs pour la même photo) pourrait les remettre en selle. Il sera disponible sur leur premier 5 pouces, le M7, aussi appelé One, aussi appelé… non, c’est tout.

Huawei : du réseau à large bande au smartphone surdimensionné (6.1 pouces), l’équipementier chinois attaque bille en tête. Il profite d’un marché domestique à la fois énorme et captif. Principal rival de Cisco dans la plomberie d’Internet, il pourrait être freiné en occident pour des raisons politiques. Sur le plan mondial toutefois, on les soupçonne déjà d’être numéro un mondial, dû à leur position dominante en Asie.

 Les obstacles à leur expansion sont d’abord de nature politique : les Etats-Unis les suspectent de renvoyer des données de trafic à l’état chinois. Ils ont beau jurer, la main sur le cœur, leur bonne foi, le soupçon s’installe. L’Inde, quant à elle vient de décréter que ses réseaux ne pourraient s’organiser que sur du matériel domestique.

Les smartphones d’Huawei, eux, pourraient réalisent une percée : les Ascend offrent des performances remarquables à des prix inférieurs à 350€. Les modèles annoncés sont, en outre, plutôt prometteurs, aux niveaux des meilleurs Samsung. Dans ce contexte, l’ augmentation de leur part de marché sur ce segment ne constitue pas une surprise : ils viennent de passer troisième constructeur mondial, sur la terre entière et dans le monde planétaire.

I

IBM : depuis que je travaille, les gurus les plus divers m’annoncent la fin de Big Blue. Au début, Honeywell devait les battre, ensuite Compaq les briser, puis SUN les atomiser et enfin HP les niquer. Après tous ces malheurs, ils sont numéro un mondial, sans jamais avoir donné dans la hype.

Leur première force c’est la fidélisation du client : ils sont capables de supporter des solutions en entreprise trente ans et plus après leur installation. Leur deuxième force, c’est leur R&D. IBM possède des laboratoires hors pair, auxquels on attribuerait volontiers le prix  Nobel d’informatique s’il existait. Leur troisième force, c’est leur intégration verticale et horizontale à la fois qui leur permet, une fois chez un client, d’en prendre graduellement le contrôle, serait-ce à son corps défendant.

IBM a déjà surpris en 2012 : une femme devient CEO pour la première fois dans l’histoire de la boîte. On ne s’attend pas à des annonces spectaculaires de leur part. Mais la plus grosse surprise serait qu’ils perdent leur place de numéro un mondial.

Intel : on connaît Intel comme fondeur . C’est un peu court, jeune homme, ils peuvent vous équiper tout un data center. Au cœur du dispositif se trouve les architectures Ivy Bridge, utilisée des core i3 ou core i7. Leur problème ? La consommation électrique. A bord de la plupart des PC’s, elles sont, pour l’heure, à peine concurrentielles sur les tablettes ou les smartphones. Leur avantage ? Le seul concurrent, AMD, a été poussé dans les cordes. Mais sur leur « core market », la vente de PC’s et serveurs régressera en 2013.

Pour 2013, deux pistes sont poursuivies : une réduction de la consommation des core ix de prochaine génération (Haswell) et une amélioration des Atoms, les puces conçues pour le nomadisme. Ainsi le nouveau smartphone de Lenovo est-il propulsé par un processeur Intel et les performances AnTuTu dépassent 27 000, un score qui les place au niveau des tous derniers Qualcomm. Reste à voir l’autonomie, talon d’Achille d’Intel.

En gros, les perspectives ne sont pas brillantes : Intel a bien eu la peau d’AMD. Face aux ARM, ils rament. Or, c’est ce dernier marché qui générera la croissance. Fidèle à sa stratégie, Intel parie sur l’hybride (les notebooks et ultrabooks à écran détachable). Bref, ils tentent de créer un segment de marché approprié à leurs processeurs. Succès pas garanti : ils avaient déjà essayé pareil truc avec les illustrissimes eeePC. En tout état de cause, et avec le départ à la retraite du CEO, 2013 sera l’année du ça passe ou ça casse pour Intel.