Les anciens et les modernes reloaded

Au XXIe siècle, il est un très déprimant de se voir rejeté trois cents ans en arrière, d’avoir à nouveau à se tracasser de savoir s’il est permis d’écrire différemment de nos ancêtres. Car aujourd’hui, les anciens se sentent menacés. Louis XIV a disparu et c’est vers ses successeurs que se tournent les patrons de presse. En cause, la menace de Big Broogle : l’Empire ruine la bonne presse bien établie.

Une autre métaphore pour expliquer le changement d’époque résiderait dans l’apparition de l’imprimerie. Le méchant Googleberg imprime à tout va et les scribes sentent qu’ils vont perdre leur boulot. Ils font appel au suzerain afin de protéger leurs enluminures. On se croirait dans Sacré Graal à voir la foule des gueux réclamer le bûcher pour la sorcière.

 

Or, l’argument est spécieux, voire hypocrite : le moteur de recherche, il est vrai, domine son marché (90% en Europe). D’autre part, Google référence la presse européenne et la cite à travers ses agrégateurs. Donc, Google doit payer la dîme et la gabelle. Sauf que les services d’agrégation de contenu, eux, sont très, très, très loin des 90 % de part de marché. En fait le marché est tellement nul que Google a décidé la fermeture d’iGoogle. Peu importe, la bonne presse a réussi l’amalgame et présente son monstre à des décideurs ignares en technologie. La sanction semble toujours plus vraisemblable.

A contrario, certaines publications en ligne, conçues et réalisées pour le web, connaissent un véritable succès, tels le Huffington Post ou Slate. En face, l’obsolescence du Nouvel Obs, par exemple, saute aux yeux. De même que la stagnation de Rue89 depuis le rachat d’icelui par le premier nommé. Bref, en filigrane et à travers sa bonne presse réapparaît l’incapacité de la vieille Europe à affronter le XXIe siècle.

Dans ce contexte, taxer Google pour ses extraits de presse risque de faire long feu. Les publications européennes seront dé-référencées. Google fermera définitivement ses agrégateurs (iGoogle est en sursis jusqu’en novembre 2013) ou s’approvisionnera directement aux agences de presse (cf. Yahoo!). Son moteur de recherche, cœur de sa stratégie, lui continuera à dominer : Microsoft a bien essayé une campagne à la Pepsi contre Coca, Bing contre Google. Le résultat : pschit.

Il est pourtant vraisemblable qu’apparaisse la Lex Google. Les dirigeants occidentaux, criblés de dettes et tributaires de la bonne presse pour leur image, y verront une occasion de réparer les trous dans les chaussettes. Mais de là à y mettre le premier écu…

Par contre, la vieille Europe se fermera un peu plus encore au futur. Les publications classiques péricliteront de toute manière, au profit des Huffpost et autres Slates, toutes détenues par des américains. Exemple : aujourd’hui, un ami français me demande de lui créer une page perso sur la toile. Je lui conseille un blog et retombe automatiquement sur des plates-formes américaines.

La querelle des anciens et des modernes fut gagnée par les derniers cités. Sa version 2.0 suivra le même chemin. Il en résultera une nouvelle perte d’influence pour l’Europe. C’est triste, triste, triste.

Au moins la production ci-dessous était européenne. Remplacez « witch » par « Google » et vous obtenez à la fois le niveau et le ton du débat actuel