Pas de question, mauvaise réponse

La semaine dernière, les eurodéputés ont voté : à leur grande majorité, ils ne veulent plus de Strasbourg. C’est Brüssel über alles, circulez il n’y a rien à voir. Tout cela serait plutôt anecdotique s’il ne s’agissait d’une réponse complètement erronée à un problème qu’on ne leur a pas posé. Conséquence prévisible, la réponse est aux antipodes des enjeux fondamentaux.

 

La nature de l’argument principal tenait en un mot : le pognon, le fric, le flouze, l’oseille, le blé. Un PE centralisé à Bruxelles permettrait d’économiser 250Mio€ par an, d’après un rapport commandité voici quelques années par l’institution.

Primo, permettez à un ancien consultant de glousser doucement : jamais au grand jamais la fin des transhumances mensuelles ne permettra 250Mio d’économies à l’Europe. En effet, il s’agit d’argent réinjecté dans les pays concernés : les infrastructures d’accueil en Alsace pâtiraient du retrait des euro-huiles. Tout autant, d’ailleurs, que les sociétés logistiques belges, en charge de l’organisation des euro-transferts. Mais bien entendu, un rapport commandé et payé par le P.E. ne se soucie pas de ce genre de trivialités.

Secundo, une centralisation des institutions à un seul endroit signifiera, à terme, la fin de l’UE. En effet, la majorité des études d’opinion souligne un euroscepticisme croissant dans la population des 27 états-membres, spécialement chez les moins de trente ans. Les campagnes de communication absconses n’y changeront rien.

Par contre, les élus de l’Union en visite dans une ville différente à chaque session, voilà qui rendrait l’Europe palpable au vulgum pecus. Votre blog plaide donc pour une décentralisation complète des sessions du PE ; chacune d’entre elles se tenant dans une autre ville (pas nécessairement une capitale) de l’Union. Non seulement, l’Europe deviendrait concrète pour les citoyens, mais les MEPS auraient l’opportunité d’appréhender la réalité européenne sur le terrain.

Quant à l’argument du pognon, deux observations : d’abord les frais de fonctionnement de l’UE ne représentent que 5,6% de son budget global.  Ensuite, 250Mio€ équivalent à 50 cents par habitant et par an. Nous sommes quatre, je m’engage à leur verser les 2€ s’ils décentralisent.

Ceci nous ramène à notre titre : à répondre à une question non posée, les MEPS ont d’évidence raté la dimension stratégique de leur choix. Ils se sont bornés à l’horizon comptable. Fort heureusement, ceux-ci ne contrôlent pas leur destin. Seuls les chefs d’états et de gouvernements peuvent, à l’unanimité, décider de ce genre de modification.

Poussons le raisonnement un peu plus loin et demandons-nous d’ailleurs pourquoi toutes les Directions Générales de la Commission doivent résider dans la capitale belge. Ici aussi, une DG par pays donnerait aux autochtones le sentiment d’appartenir à un projet en marche.

Qu’on ne me rétorque pas l’infaisabilité technique : l’Agence Pour la sécurité alimentaire est à Parme, celle des drogues à Lisbonne. Ces deux entités prouvent qu’on peut travailler pour l’UE à 2 000km de Bruxelles (et au soleil 10 mois par an).

Le problème majeur de l’UE réside dans son manque de sympathie auprès du grand public. Dans ce contexte, vouloir centraliser toutes les institutions à un seul endroit aggraverait le désintérêt, jusqu’à l’abandon total. Les trois derniers référendums ont ôté tout équivoque à ce sujet. Tendre la main au citoyen, renforcer sa proximité lui offrirait un gage de bonne volonté. Se retirer dans son château  créera l’effet inverse. Mais on économisera 50 cents par habitant.