La déprimante de Cambridge

A nos yeux brûlés par les écrans, l’annonce de la semaine fut le renoncement de l‘Encyclopedia Britannica : après 244 ans de gutembergies, LE réceptacle du savoir anglo-saxon se consultera désormais uniquement en ligne, de quoi encore mieux brûler nos mirettes. Fini donc les 24 tomes à renouveler régulièrement. Les bouleaux finlandais lui diront merci, les imprimeurs manqueront de boulot.

Si vous êtes l’heureux possesseur des 24 ouvrages, voire même des 5 856 volumes (à supposer que vos ancêtres aient acheté chaque année et que chaque édition contint 24 tomes, et ce dès 1768), vous allez probablement vouloir en recycler l’un ou l’autre. Des chercheurs de Cambridge viennent à votre secours.

Ces derniers ont conçu une déprimante : en gros une imprimante qui vaporise l’impression laser et rend le papier normal quoi. Blanc.

Si l’innovation mérite d’être saluée, nous ne sommes pas certains de sa pertinence. Vous avez tous déjà assisté à des réunions autour de la Grande Table, là où se prennent les corporate raclées, vous connaissez la scène :

  • « …mais je t’ai envoyé un mail lundi après-midi »
  • « Jamais. Je n’ai rien reçu »
  • « Bon, je l’imprimerai et te l’apporterai à ton bureau».

Arrive la déprimante de Cambridge : l’autre vous apporte le courriel imprimé, vous le déprimez derechef et obtenez raison tout en ayant menti (autour de la Grande Table on a souvent raison en mentant, me rétorqueront les cyniques).

En fait, la déprimante de Cambridge pourrait très vite aggraver le syndrome Photoshop : si l’écrit ne peut plus servir de recours ultime, où se trouvera la vérité ?

A l’époque où j’étudiais parut « Les mémoires d’un amnésique » : une ligne, puis deux cent onze pages blanches. J’espère que l’auteur a déposé les droits sur ces pages.

Ici avant, il y avait Les Frères Karamazov de Dostoïevsky.  C’est pas plus mal, finalement